Après avoir identifier les possibilités de son terrain, de son environnement et les plantes que l’on aimerait voir fleurir, il s’agit d’obtenir la touche personnelle souhaitée et prodiguer à ce jardin l’atmosphère particulière dans laquelle il fera bon vivre.

Le cadre d’un jardin : une question de feeling

Par définition, le jardin est une création, une association voulue de végétaux qui transforme cet espace en « un endroit où il fait bon vivre », maître mot de Marie-Andrée Fortier, propriétaire de l’entreprise Art et Jardins. «Un jardin, c’est ce qu’on peut s’offrir de mieux dans la vie: ça nous donne l’occasion de vivre dehors, de respirer les parfums et d’apprécier l’harmonie des couleurs. Quel beau cadeau pour soi… et pour la famille ou les amis.»
Ses aménagements paysagers, de nombreuses fois primés, s’inscrivent dans cette démarche conviviale. En dehors d’impératifs techniques, le jardin est pour elle un espace artistique, livré à la subjectivité des sens.
L’harmonie créée entre la maison et son jardin sera déterminante. Tandis que la végétation pourra recouvrir des vues peu gracieuses, d’autres éléments devront être mis en valeur qu’il s’agisse d’un muret, d’une partie de la bâtisse ou d’une perspective à souligner. Ce sont ces vues à cacher ou à révéler qui dicteront le cadre du jardin avec les clôtures et les haies de séparation, car «À la ville comme à la campagne, il est essentiel de se sentir chez soi» nous dit Marie-Andrée Fortier. Il faut aussi imaginer la circulation à l’intérieur du jardin avec des passages de l’avant vers l’arrière de la maison, des espaces de repos ou d’activités, d’éventuelles étendues d’eau. Si des trottoirs sont prévus, ils ne devront pas être plus larges qu’1,20 mètre.

Les éléments de décor ajoutés
Il faut privilégier la qualité et non les modes pour choisir ses matériaux inertes pour ses trottoirs ou ses salons de plein air. Les matériaux seront de préférence ceux de teinte sobre, résistants et qui vieillissent bien, le tout en harmonie avec les couleurs et matériaux de la maison de façon à lui donner une continuité.
Faut-il encore savoir où les disposer, ce qui suppose d’avoir au préalable déterminé les lignes générales du jardin. Lignes pures, jardins symétriques ou lignes sinueuses sont au choix et laissées au goût de chacun et produiront un effet soit contemporain pour les premières, soit romantique avec un aménagement d’aspect naturel pour les secondes tel que l’explique l’horticulteur Albert Mondor.

L’envolée verticale

Après avoir décrit le cadre et les lignes du jardin, il faut penser à sa structure verticale. Reprenant les termes de Marie-Andrée Fortier, «Tout ce qui est vertical, donc tout ce qui est à la hauteur des yeux quand on est assis ou debout, constitue le squelette du jardin. Hiver comme été, ces formes érigées font partie de notre paysage. Elles repoussent les profondeurs, agrandissent l’espace et donnent une perspective nouvelle au jardin».

Dans les choix des arbres et arbustes, libre à vous de conserver l’existant, les déplacer ou d’en ajouter. En cas de travaux, il est recommandé de poser des planches tout autour pour créer un périmètre de sécurité. Cela évitera les chocs et le compactage du sol et des racines.
Albert Mondor conseille pour un boisé complet de couper les arbres morts et malades qui ne résisteraient pas en cas d’intempéries. Il précise que « …les jeunes arbres résistent mieux que les vieux aux changements environnementaux.»
Pour choisir d’implanter un nouvel arbre, il faut s’en tenir aux variétés adaptées au sol et au climat. Ensuite, il faut tenir compte de sa croissance et de son effet. Un port fastigié, comme celui du peuplier d’Italie ou du charme, produit un effet de perspective et ajoute une impression de hauteur. Colonnaires, comme le cyprès, ils insufflent du dynamisme et invitent moins à la détente que ceux au port étalé, dont l’ampleur est horizontale.
L’implantation d’arbres au port fastigié est également très réussie en façade. Ils ravivent la perspective, et amplifient l’impression de hauteur. Ils seront de parfaits éléments de décor pour les maisons très hautes ou contemporaines dont ils accentueront l’esprit s’ils sont plantés en ligne ou en série explique Albert Mondor. Il conseille les arbres aux formes étalées pour les maisons basses. Pour une plantation en façade, seront écartés « les arbres à grand déploiement, qui risqueraient de dissimuler, voire d’écraser les demeures par leur disproportion ».

Font également partie de la charpente du jardin les haies et clôtures. Elles le délimitent et servent à départager les espaces. Des clôtures aux couleurs pâles favoriseront un effet de profondeur.
Si vous optez pour des plantations près des murs de la maison, elles doivent s’en écarter de la largeur correspondante à l’avancée du toit ou de la corniche. Cependant, seules les façades est et ouest pourront accueillir cette bordure. Albert Mondor déconseille le mur nord où les plantes manqueront de soleil et le mur sud où elles souffriront de l’intensité de la chaleur amplifiée par la réverbération sur le mur.

Ne négliger aucun détail

Pour choisir ses plantes, il vaut mieux se laisser guider par les impératifs environnementaux du jardin. Ces plantes adaptées sont moins exigeantes en soins et en entretien. Le choix d’une plante issue d’un autre milieu suppose de modifier préalablement le sol. Son implantation ne sera réussie qu’avec beaucoup de moyens, beaucoup de patiente et beaucoup d’essais.
Au nom de l’harmonie, ou du moins de la cohérence, Albert Mondor préconise de renoncer à juxtaposer des plantes de zones forestières tempérées avec des plantes tropicales ou méditerranéennes. La pondération sera la meilleure conseillère pour apporter équilibre et continuité entre maison et jardin.
Il est conseillé de débuter son aménagement par des arbustes et des plantes vivaces aux feuillages décoratifs. C’est à partir de ces premières plantes que l’on pourra structurer des plates-bandes fleuries. D’après Marie-Andrée Fortier «Les gros feuillages nous apparaissent plus proches, et les feuillages fins suggèrent le mystère ».

Un style à donner pour une atmosphère unique

Il faut s’appliquer à préserver l’effet de continuité et relier entre elles les différents espaces du jardin. Un facteur de stabilité et d’équilibre est de jouer sur la répétition d’une couleur, d’une forme, ou d’une texture qui signe le jardin.
La personnalisation du jardin n’interdit pas de le fondre dans son environnement extérieur et il suffit de s’inspirer du jardin mitoyen ou du bâti pour l’inscrire en prolongement. Cette approche est appelée par les jardiniers japonais le «paysage emprunté» de façon à inspirer un sentiment d’unité.

L’atmosphère sera également soutenue par les ornements que vous aurez disposés et qui embellissent le jardin d’une façon personnelle. D’un côté urnes en pierre et bronze dans un jardin classique, de l’autre sculpture en aluminium et pots en plastique orange, Marie-Andrée Fortier le dit bien « Quand on choisit les ornements, on le fait avec notre cœur (…) ». Le choix est immense des fontaines aux sculptures, des dallages, des miroirs et tout objet personnel propice aux souvenirs et couronnant l’habillage floral.